Interview maître André Cognard : l’Aïkido et l’énergie ne font qu’un

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Si le lecteur est familier des articles de maître Cognard dans les colonnes de ce magazine, il connait l’homme et l’aïkidoka. Mais peu savent qu’il est aussi un grand spécialiste du corps énergétique, des méridiens, des points d’acupression, des kuatsu et du kappo-seppo. Selon lui l’Aïkido est un mouvement de santé tout autant qu’un art martial, les deux faces indissociables de cet art décidément plein de surprises.


Ivan BEL : Bonjour maître. Merci de m’accorder cet interview. Pour commencer je voudrais aborder avec vous quelques souvenirs bien précis concernant Kobayashi sensei, non pas tant pour parler de son Aïkido – une fois n’est pas coutume – mais de ses capacités de thérapeute qui sont peu connues. Savez-vous où Kobayashi sensei avait appris les techniques de kappo seppo, seifuku et acupression ?

Maître André Cognard : Non et j’aimerais bien le savoir ! Maître Kobayashi avait une particularité : il ne citait jamais ses sources. Cela dit, je sais qu’il avait une relation assez suivie avec un professeur, un original apparemment, qui s’appelait Sumida. Je pense que c’est la personne qui lui a apporté le plus de connaissances dans ce domaine, mais je dis bien « je pense ». Je disais original, car, selon Kobayashi sensei, ce maître ne mangeait que des fleurs. (Rires)

Ah oui, effectivement ! (Rires)

Puissance du Ki avec Kobayashi sensei

Le récit de Kobayashi sensei est le suivant. Sumida sensei est venu le voir et lui a proposé un échange : les techniques d’Aïkido contre des connaissances et compétences en soin. Voilà ce que je sais de cette histoire. Je n’ai jamais rencontré Sumida sensei, il était mort avant que je commence à aller au Japon. Kobayashi sensei avait appris une vaste gamme de techniques dont la remise en place des articulations, des vertèbres, le massage thérapeutique et il utilisait les points d’acupression. Il me parlait beaucoup des méridiens et des points pour leurs vertus thérapeutiques, mais aussi dans le cadre des techniques d’Aïkido. Pour lui c’était un tout. Par exemple, il me disait : « tordre le poignet en kote gaeshi c’est bien, mais ça marche surtout si tu mets les doigts sur les points là et là, sinon ça marchera moins bien ou pas du tout ». Ou encore « Si tu ne fermes par la ligne de l’auriculaire tu disperses ton énergie au lieu de la concentrer ». Il avait toujours une explication à donner concernant les méridiens ou les points. Pour lui tout cela était évident. Pour lui la mise en mouvement du corps devait toujours se faire avec cette conscience aiguë des pleins et des vides. Je m’explique : si l’on projette quelqu’un dans une direction sans avoir défini un espace vide pour le recevoir, il ne chutera pas.

De la thérapie il en faisait souvent, c’était une habitude chez lui. Bien sûr, quand il y avait des gens qui se blessaient en cours, il les soignait. Mais souvent en fin de cours il y avait des gens qui venaient le voir simplement pour lui demander un soin. « On m’a dit que vous soignez avec les mains, pourriez-vous m’aider ? » et il le faisait volontiers. J’ai observé et participé beaucoup à ces séances de soin.

Faisait-il également des kuatsu, c’est-à-dire des techniques de réanimation ?

Je l’ai vu les utiliser. J’en ai appris avec lui, avec d’autres professeurs aussi et j’en ai beaucoup utilisé également. J’ai pu réanimer des gens dans des conditions extrêmes. Un jour j’ai récupéré une dame qui se noyait à 200m du port de Pornic et elle était déjà en arrêt cardiaque, arrêt respiratoire et déjà bien cyanosée. Je suis allé la chercher, je l’ai remorqué et tout en la remorquant j’ai fait des percussions réflexogènes en espérant améliorer sa circulation puis à terre j’ai fait le « O-kuatsu » pendant 24 minutes. Les gens autour de moi me disaient « elle est morte, elle est morte, faut arrêter » et moi je répondais « morte ou pas je continue » et finalement son cœur est reparti. J’ai commencé à lui parler et là les gens ont appelé les secours comprenant la gravité de la situation. Lorsqu’ils sont arrivés, ils l’ont mis sous respirateur et l’ont embarquée. Le lendemain il y avait un bel article dans le journal local qui disait que grâce à l’intervention immédiate du SAMU on avait pu la sauver. Pas un mot sur mon intervention, enfin bon ! La seule chose importante, c’est que ce jour-là, j’ai vraiment réalisé la puissance du kuatsu, j’ai compris que c’est une technique extraordinaire.

J’ai dû intervenir dans un autre cas. Un homme se noyait et là encore, je l’ai réanimé de la même manière. Il se tenait assis, conscient et discutant avec moi bien avant que les secours arrivent.

Et dans le cadre de la pratique en Aïkido, cela vous a-t-il été utile également ?

En Aïkido j’ai vu pas mal de gens chuter sur la tête, se déplacer des cervicales ou parfois une bonne partie de la colonne avec problèmes respiratoires à la clé. Donc là encore utilisation du kuatsu. Des coups de pieds dans les parties et la personne s’écroule d’un coup, là encore on utilise un kuatsu. Voilà, j’ai eu assez souvent l’occasion d’essayer avec succès ces techniques. Et pareil pour les points de pression, notamment de réanimation très simple, comme la base de l’auriculaire en le pinçant très fort (NDR : sur le petit doigt passent deux méridiens et non pas un seul, ce qui lui donne une grande puissance. L’un des deux méridiens est lié au cœur, d’où son efficacité à réanimer). Cela marche très bien, même chez les gens qui font une simple lipothymie due à une hypoglycémie ou non. C’est aussi efficace pour un malaise vagal ou une syncope. Ceci étant, si cela ne marche pas très vite, il faut passer aux percussions réflexogènes ou au O kuatsu.

J’ai pu tester moi-même, à mon corps défendant, le kuatsu pour récupérer d’un coup de pied entre les jambes et en à peine trois minutes on est à nouveau sur pied et sans douleur. Je peux témoigner que c’est incroyable d’efficacité.

En 50 ans d’enseignement d’arts martiaux, j’ai pratiqué et enseigné aussi le Karate. J’ai eu bien souvent à le faire sur des étudiants malheureux et cela marche toujours du premier coup, c’est effectivement d’une grande puissance et d’une grande aide.

Pouvez m’expliquer un peu mieux les points du Kappo ?

Alors, le terme kappo-seppo désigne couramment les points qui tuent et les points qui soignent, et inversement. J’ai un grand ami qui est à la fois chirurgien et spécialiste de médecine chinoise. Il dirigeait un service de cancérologie dans un hôpital de Pékin. Il avait été sollicité par l’hôpital de cardiologie de Lyon, car il était très connu pour ses diagnostiques dans ce domaine. Quand il a vu la différence entre la Chine populaire de l’époque et la France, il est resté ici. Je l’ai fait intervenir fréquemment dans mes cours pour former mes professeurs. Alors concernant tout ce qui était mécanique, articulaire, tendineux, etc., il y avait beaucoup de points communs avec ce que Kobayashi sensei me montrait, et quelques différences parfois, pour la manipulation de la colonne par exemple. Les points de réanimation étaient les mêmes. Comme Kobayashi sensei, il conseillait d’utiliser celui basé dans la dépression sous le nez, qui est très connu pour son efficacité.

À quel moment vous êtes-vous rendu compte de l’importance d’apprendre toutes ces techniques de soin ?

Un jour lors d’un stage de Kobayashi sensei, il y avait un professeur d’université de Bordeaux qui s’était mis sur le côté à cause d’une douleur de genou. À la fin il est allé voir le maître en lui disant qu’il avait mal au genou depuis longtemps. Kobayashi m’a dit en aparté « c’est un complexe de mère » ; il dit cela en japonais, langue que la personne souffrante ne parlait pas. L’expression complexe de mère était ambiguë mais ouvrait des perspectives intéressantes. Associer directement une douleur à un problème psychologique était nouveau pour moi. Je ne pouvais pas lui demander pourquoi ou comment, c’était toujours très tranché avec lui et de telles situations ne permettaient pas de question. Mais il a rétabli le genou et atténué la douleur. Il a travaillé le méridien du Foie, en particulier F6, F8 et F9, en entrant assez profondément avec le pouce sur F9. Le patient a commencé à manifester de l’émotion. Après cela dans le vestiaire, cette personne est venue me voir et s’est mis à pleurer en faisant des récits de souffrances dues à la relation avec sa mère. Là je me suis dit : « bon, il y a vraiment quelque chose d’important à apprendre là, je ne peux pas laisser passer ça ».

Et vous enseignez ces connaissances encore aujourd’hui ?

Kobayashi sensei avait développé une vraie méthode de lecture de la posture. Dès qu’il voyait un corps il savait immédiatement ce qui n’allait pas, les points faibles de la structure et il les analysait et proposait une technique pour les renforcer. Il enseignait un aïki-taïso (c’est ainsi qu’il nommait ce que certains ont pris pour un échauffement de début de cours. J’ai renommé cet enseignement aikishintaiso, de shin « esprit », pour signifier la profondeur de la démarche). Ce qu’il montrait là était complètement ritualisé et très précis, et pouvait nous aider à corriger notre posture parce que cela rétablissait une circulation d’énergie harmonieuse. Tout était contrôlé : la posture, le geste, la position des yeux, des doigts, aucun hasard dans tout cela et pas question de modifier l’enchaînement des mouvements. Il y avait un ordre et un nombre d’actions qu’il fallait respecter scrupuleusement. C’est une mine d’or, une bible qui explique comme on libère un individu, et qui est malheureusement oubliée ou pire, modifiée par des enseignants qui sont passés à côté de l’essentiel.

Il me proposa de pratiquer tous les jours à partir d’un travail personnel qu’il m’indiquerait. Il me suggérait de faire des techniques pendant un temps donné, puis quelques mois plus tard il m’en indiquait d’autres, bref il suivait mon évolution et m’apportait les clés pour aller plus loin dans ma libération. Le problème c’est qu’il avait une manière d’enseigner très libre, pour ne pas dire désinvolte. J’ai compris plus tard qu’elle ne l’était qu’en apparence. Il donnait beaucoup, mais pas toujours de manière organisée et n’était jamais explicite. Les questions étaient interdites. Néanmoins, Il expliquait systématiquement comment il fallait placer les doigts sur les méridiens pour faire les techniques d’Aïkido. Par exemple, il interdisait de faire yonkyō sans qu’on sache précisément où l’on appuyait. Du coup il distinguait yonkyō pour le poumon, de celui pour le cœur ou d’un autre pour le péricarde ou l’estomac. Moi j’ai voulu qu’il y ait plus d’explications. J’ai essayé de poser un regard plus rationnel, en utilisant diverses sources dont la médecine traditionnelle chinoise. C’est pourquoi j’ai fait intervenir beaucoup de spécialistes dans mes cours, en anatomie, en physiologie, en embryologie, en psychologie, et aussi des systémiciens. Grâce à cela j’ai pu reparcourir tout ce savoir et l’organiser pour le transmettre à mon tour. Donc pour répondre à votre question, oui j’enseigne toujours toutes ces choses, mais uniquement en formation pour des professeurs dans un cadre très défini incluant l’obligation d’une pratique quotidienne et une étude sérieuse des matières que je viens de citer.

Vous parlez beaucoup du Japon, on sent derrière vos mots une profonde passion pour ce pays. Vous qui connaissez bien le Japon, est-ce que les moines enseignent des pratiques thérapeutiques ?

Pour tout dire, j’y vais quatre à six fois par an pour des séjours assez longs, j’y ai donc passé une bonne partie de ma vie. Je suis allé beaucoup dans les temples, me suis vraiment lié avec certains, et j’ai eu l’opportunité de discuter avec les moines. Si on voit des techniques d’exorcisme ou de chamanisme, en revanche du côté thérapeutique je n’ai pas vu grand-chose. Dans le passé il y avait des prêtres itinérants qui allaient dans les villages soigner les gens, avec des soins à base de plantes. Je pense qu’il s’agissait là de pratiques venues de la médecine chinoise importées avec le bouddhisme ésotérique. Mais pour moi, ce n’est pas très précis et je n’ai pas réussi à trouver quelqu’un capable de m’en parler clairement. J’ai entendu de nombreuses hypothèses mais celle-ci me parait assez probable. Je pense aussi qu’il y a un fond japonais, proto-shinto, même si le syncrétisme shinto-bouddhiste était la règle.

Par contre Kobayashi sensei, quand il montrait l’aïki-taïso, nous disait que tel mouvement venait du Shinto, tel autre du Shugendo, du Zen ou d’autres influences encore (par exemple, il reliait le ashi no taiso au sumo). Il donnait des explications assez claires là-dessus.

Maître Cognard au Japon lors d’une démonstration

Ce sont ces explications qui vous ont donné envie d’écrire le livre « Le corps conscient » ?

J’ai mémorisé tout ça, tout ce qu’il disait à propos de soins, d’exorcisme, et de nos relations aux kami qui entraient aussi dans le champ médical. Par exemple, il disait que nos pouces guérissaient naturellement quand ils étaient posés au bon endroit car la guérison est une chose naturelle donnée à tous. Il donnait cet exemple, je cite : « Si vous avez mal à la tête, naturellement, vous mettez votre main sur le front » Il disait aussi : « Vos mains ne vous appartiennent pas, elles appartiennent aux kami, elles vous sont seulement prêtées. »

Je trouvais tout cela intéressant mais peu communicable à un public empreint de rationalité.

J’ai donc éprouvé le besoin d’aller dans le détail et d’en savoir plus. J’ai étudié le travail de Godelieve Denys-Struyf, qui était belge, sur les chaînes musculaires. Elle a fait d’immenses apports. Elle a un point de vue vraiment passionnant que tout aïkidoka devrait étudier, parce qu’elle met en évidence que la conflictualité entre les chaînes postéro et antéro-médianes est une dominante posturale qu’il faut pondérer. Il y a entre elles une opposition normale, des tensions musculaires antagonistes qui permettent la verticalité. La prépondérance de l’une ou l’autre ferait plier le corps en arrière ou en avant. Une autre chaine musculaire, la chaine postéro-antérieure antéro-postérieure (PA-AP) régule ces tendances antagonistes, aidée en cela par les chaînes latérales. Les chaines latérales définissent des limites posturales et jouent un rôle important dans la fonction identitaire du corps. Plus on les développe et plus les tensions antagonistes postéro-antéro-médianes diminuent, ce qui permet aussi un relâchement de la PA-AP. Il en résulte un meilleur fonctionnement physiologique et un véritable apaisement du psychisme. Les personnes ayant atteint ce stade d’évolution posturale parlent de calme intérieur, de sérénité. Le développement des chaînes latérales s’obtient en faisant des mouvements spiralés. Or en Aïkido on n’arrête pas de faire des spirales depuis le poignet jusqu’aux pieds. Sans même le savoir, on travaille avec les meguri des techniques d’Aïkido au développement des chaînes latérales. Grâce à madame Denys-Struyf, grâce aussi à la psychologie, en particulier la systémique, et d’autres apports comme la médecine chinoise, j’ai pu mettre tout cela en cohérence.

Kobayashi sensei avait aussi un discours en lien avec la psychologie. Il citait parfois Freud. J’ai donc voulu y voir clair quant aux liens unissant l’Aïkido et cette discipline.

Françoise Dolto parlait d’image inconsciente du corps et la décrivait selon les étapes de développement du psychisme. Pour Kobayashi sensei, ce qu’il nommait « profondeurs » étaient aussi liées aux étapes du développement mais dans un cadre différent : avant la conception, la gestation, la naissance et après la naissance jusqu’à la sortie de l’adolescence. Bien sûr, cela impliquait une vision de l’être comme une totalité psychosomatique, un sujet ne pouvant être divisé entre corps et psyché, entre corps et esprit, entre psyché et esprit. Cette vision d’une totalité du sujet se nomme conscience corporelle, ce qui signifie que tout dans l’être est conscient. Suivant les étapes qu’il a indiquées, et le principe d’image inconsciente de madame Dolto, j’ai établi un schéma très précis qui organise les niveaux de conscience corporelle, les images conscientes du corps. C’est pour ça d’ailleurs que j’ai appelé ce livre « Le corps conscient » et pas la conscience du corps, puisque le corps est la conscience. Dans ce livre j’ai donc voulu faire les liens avec l’ostéopathie, avec la méthode de madame Denys-Struyf et la médecine chinoise. Ainsi quand on fait ikkyo, les mains sont placées précisément à tel endroit car on stimule tel méridien, on étire telle chaîne musculaire, on réaligne telle chaîne articulaire. Par exemple, Kobayashi sensei nous disait comment libérer le foie avec un nikkyo-ura, sans expliquer ni pourquoi ni comment. Alors, j’ai tenté de l’expliquer par la voie énergétique et par la voie biomécanique.

Pendant les années 60-70 la Fédération Française de Judo enseignait les kuatsu puis cette transmission s’est perdue. Pourquoi selon vous ce savoir n’a jamais été enseigné à travers l’Aïkido ?

En France on a quand même un problème médico-légal. Si vous faites des gestes médicaux sans être médecin, cela vous amène rapidement devant un tribunal. Même s’il est tout à fait légitime de protéger le public contre le charlatanisme, il y a des cas pour lesquels c’est complètement absurde. Si une personne prend un coup violent sur le glomus carotidien, il est dans le coma en 3 secondes et si vous ne le réanimez pas dans les 30 secondes il y a de grandes chances qu’il y ait des séquelles irréversibles. Le temps que les pompiers arrivent, même s’ils arrivent très vite, ce stade sera dépassé. Mais, le geste qui pourrait probablement le sauver est interdit.

En Judo on enseignait les kuatsu parce que les maîtres japonais qui venaient enseigner les connaissaient. Mais la sportivisation effrénée du Judo a fait que plusieurs générations d’enseignants ne les ont jamais appris et la transmission a cessé. On s’en tient au secourisme. Ajoutons qu’en Judo il y avait beaucoup d’étranglements. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, ils ont quasiment disparu. Or, l’étranglement était la première cause des pertes de connaissance et donc des réanimations qui maintenant n’ont plus lieu d’être. Pourtant avec des kuatsu basiques comme les percussions réflexogènes sur les vertèbres, ces pertes de connaissances ne posaient guère de problème.

Pourquoi cela n’a jamais été enseigné en Aïkido ? Parce qu’en Aïkido on a toujours un peu été dans le déni de la réalité, c’est un peu la tendance. Par exemple, on affaiblit l’attaque pour être sûr de pouvoir faire la technique. On crée des situations d’attaques qui n’ont aucun rapport avec la réalité du combat, donc il n’y a pas vraiment de risques. De la même manière les chutes que l’on voit sont dans la plupart des cas pas bonnes et traumatisantes pour le corps mais on n’en tient pas compte. De nombreux exemples montrent que l’on écarte un certain nombre d’aspects liés aux risques traumatiques en rendant la technique très fluide et très superficielle. Elle devient inopérante mais c’est ainsi que l’on entend éloigner les risques de blessures. Donc pas besoin de techniques de soin.

Puisqu’on parle d’évacuation, il y a une chose qui m’agace beaucoup c’est que dans le mot Aïkido il y a quand même le mot Ki et pourtant cette notion est complètement absente de l’enseignement que l’on peut trouver dans la grande majorité des dojos. Et pourtant, il y a tant à faire et à montrer avec le Ki, au minimum avec les méridiens. Lorsque vous enseignez, est-ce que vous transmettez cette dimension énergétique ?

Toujours ! Toujours, parce que l’efficacité martiale dépend du ki, du kime, du kokyu ho. L’efficacité martiale est indissociable de l’efficacité sur la santé. Les deux dépendent en grande partie de la position des doigts sur les points des méridiens et de la projection du ki sur ceux-ci. Ainsi, comme le faisait Kobayashi sensei, je ne dissocie jamais l’efficacité martiale de l’efficacité sur la santé. Je pense que c’est là précisément que l’Aïkido joue son rôle. Répondre à une attaque n’importe comment, c’est prendre le risque de blesser, de détraquer la santé de son partenaire. Alors là, je dis stop. L’aïkidoka est censé être bienveillant et donc non-violent. Il faut donc qu’il ait les connaissances pour agir ainsi. L’ignorance n’excuse rien. Au contraire, elle doit inciter à l’étude.

Pour se combattre, il faut d’abord prendre conscience de ce que l’autre est en face de soi. Ensuite pour prendre l’énergie de l’autre et la lui retourner, il faut savoir ce que c’est que l’énergie. Même si l’attaque émane de celui qui est en face de moi, il faut être capable de reconnaître que mon véritable ennemi est la raison qui nous pousse à nous battre. Cela me paraît fondamental. Il s’agit de trouver une posture intérieure stable, ce qui implique une posture du corps stable. La rectitude morale va avec celle du corps. Kobayashi sensei a toujours insisté sur la nécessité de se tenir droit. Posture intérieure stable, cela signifie être en soi et être capable d’y rester.

La personne qui attaque se projette vers l’autre, on peut donc dire qu’elle est hors d’elle. Du coup, la réponse à l’attaque doit en modifier absolument tous les paramètres. C’est vraiment une règle absolue. La position de mes mains, la distance avec mon centre, le déplacement de mes pieds, la hauteur de mon corps, tout ce sur quoi l’attaquant s’est basé pour créer son attaque, doit avoir changé dans l’instant où elle se produit. Arrive alors un moment où l’attaquant se trouve dans une désorientation spatio-temporelle. Il va tenter de se raccrocher à votre densité, à votre corps. Mais la technique bouge constamment et votre corps aussi et il ne fera que courir après vous. L’Aïkido ce n’est pas une danse à deux où les mouvements sont convenus, mais la désorientation continue de l’agresseur. Cela peut se faire sur un quart de seconde, mais dans ce quart de seconde on peut l’amener où on veut, notamment dans un espace vide sans prise solide sur laquelle se raccrocher. Cet espace vide l’oblige alors à essayer de maintenir une représentation de soi, mais dans le vide, il n’en a pas les moyens. Le seul qui peut le guider c’est vous. Vous devenez alors le support par lequel il accède encore à lui-même. C’est grâce à vous qu’il va se retrouver, revenir à lui, reprendre ses esprits. Pensez bien que si la technique est appliquée avec bienveillance, que vous utilisez un mouvement spiralé, vous exercez une action sur son centre. Et cette action passe par les voies normales du corps, les chaînes articulaires, les chaînes musculaires et les méridiens, à condition bien sûr de savoir où sont les points. Si vous n’êtes pas capable d’utiliser les articulations de manière harmonieuse, pas capable d’utiliser les chaînes latérales dans un mouvement en spirale et les méridiens pour toucher le centre de l’autre, alors il y a contrainte, opposition et douleur. Une technique, c’est un tout qui implique tout le corps de l’un et de l’autre. Pour qu’elle soit efficace, il faut la faire transiter simultanément par ces trois voies pour qu’elle touche les trois centres, le psychisme, les émotions donc le souffle et le corps. Une technique d’Aïkido est un outil complexe permettant un contrôle bienfaisant, pour soi comme pour l’autre.

J’entends par exemple des discussions sur les petites chutes et les grandes chutes. On m’explique que faire des petites chutes permet de chuter dehors, sauf que ces gens-là ne vont jamais dehors. Si on est à l’écoute de l’énergie, on peut faire toutes les chutes et mes étudiants les font sur n’importe quel support, parquet, carrelage, tatami, des chutes avec vitesse et amplitude. Mais pour ça il faut écouter son corps et en percevoir les contours, être plein d’énergie et en sentir l’écoulement. C’est la même chose en ce qui concerne le sabre. Nous pratiquons avec force et vitesse et très près du partenaire. Nous n’hésitons pas à nous arrêter à moins d’un centimètre du corps du partenaire, à passer près des yeux, du cou. Alors, les partisans de la distance à laquelle l’on ne touchera jamais personne s’écriront : « mais vous devez avoir plein d’accidents ! » Non. Cela fait des années qu’on n’a pas eu à faire une déclaration d’accident dans tous les dojos du groupe, et ce, dans le monde entier. Encore une fois il faut bouger avec l’énergie pour comprendre cela. Plus la vibration de l’énergie est importante, plus la conscience est claire, plus on est capable d’apprécier les distances mêmes infimes. Je démontre qu’on peut décider de couper dans le premier dixième de seconde ou le deuxième ou le troisième, on arrive à des actions extrêmement sûres. C’est le niveau du ki qui garantit la sécurité.

L’attaquant, quand le sabre passe symboliquement dans son corps alors que shite fait en sorte qu’il ne soit pas touché physiquement, ressent ceci : il aurait pu me toucher mais il y a renoncé, il aurait pu me tuer mais il ne l’a pas fait. Par contre, l’impact énergétique que l’on ressent est très fort et là, ce ressenti devient instructif. Il n’y a pas de dégâts, mais il y a un ressenti qui persiste et qui fait prendre conscience qu’attaquer autrui est toujours une erreur. Cette persistance sensorielle redonne à l’attaquant la perception de ses limites, ce qui lui permet d’être à nouveau en soi. L’expérience répétée de : « Hors de moi, je suis mort, en moi, je suis serein » participe à la construction de l’éthique non-violente.

Parler d’Aïkido sans parler d’énergie ? Je ne comprends même pas de quoi on parle.

Est-ce que le regard à une importance dans ce travail ?

Suivez le regard…

Oui. Dans l’enseignement que j’ai reçu, on insiste beaucoup pour que le regard soit en avance sur le mouvement. Vous pouvez toujours tourner la tête, mais quand ce sont les yeux qui font tourner la tête, ce n’est pas du tout la même chose. Cela revient à dire que ce ne sont pas les objets de votre environnement qui peuplent votre conscience, mais que c’est vous qui choisissez de porter votre attention sur ceux-ci. Votre conscience reste libre, elle n’est pas bloquée dans un face à face avec les objets, ou, dans la pratique bloquée sur l’adversaire.

Les yeux bougent et font bouger la tête, c’est la première étape. Le sabre passe après ou avant les yeux, ou le centre passe avant les yeux, ou le sabre passe avant le centre. Il faut travailler toutes les combinaisons. Et à partir de ce moment-là, il y a une circulation de l’énergie qui se fait depuis la périphérie la plus éloignée, soit la pointe du sabre, jusqu’au centre le plus profond. Il faut pour cela ouvrir une voie de communication entre le centre et la périphérie, ce qui nous amène à nous poser la question : comment puis-je faire pour projeter mon énergie, avant même le début de l’action ? Bien entendu c’est le geste qui va donner la forme de la relation, mais le plus important est l’impulsion de l’énergie qui donne le geste. En d’autres termes, y a-t-il énergie ou pas ! Prenons l’exemple de nikkyo ura. Quand je le fais je m’assure que mes doigts soient sur les bons points, que je contrôle bien le gros Intestin, le poumon et la ligne d’énergie ancestrale et là, inutile d’agir mécaniquement, je ne bouge pas et j’envoie l’énergie dans le bras de l’autre et le résultat est là. Sans que je bouge du tout, la personne descend au sol.

Seriez-vous d’accord avec cette définition des mouvements dans le corps : là où va l’intention va l’énergie et là où afflue l’énergie, le sang afflue.

Bien sûr. Là vous les mettez dans un certain ordre, mais en fait c’est sans interruption entre ces différents aspects. La conscience passe, l’énergie passe, le corps passe. Cela se fait simultanément. Ce que vous dites sur le sang est juste aussi, ce n’est pas à vous que je vais l’apprendre, mais s’il n’y pas de sang qui passe il n’y a pas de circulation d’énergie donc pas d’information, et vice et versa.

On entend des gens parler de Ki no nagare dans l’Aïkido, mais de quoi parlent-ils s’ils évacuent la notion d’énergie de leur travail ? Ki no nagare ce n’est pas seulement la fluidité du mouvement extérieur, cela n’a aucun sens. Ce n’est pas parce que deux partenaires se sont à peu près mis d’accord sur la chorégraphie et que ça passe bien qu’il y a Ki no nagare. C’est plutôt comment l’énergie circule d’un centre à l’autre, n’est-ce pas ? Kobayashi sensei commençait toujours par insister sur le Ki no musubi. Sinon comment fait-on une technique ?

Je vous retourne la question : comment fait-on ?

C’est une question de conscience. Comment interpelle-t-on la conscience de l’autre… c’est vraiment intéressant. J’explique toujours qu’il y a trois liens majeurs :

1. Le lien psychologique : je suis conscient que l’autre est là en face de moi et que l’on travaille ensemble. Je garde ce lien en conscience pour ne pas basculer dans l’impulsion ou l’émotion incontrôlée, ce qui me ferait perdre le lien. Je reste ouvert à une réalité de l’interaction représentable psychiquement.

2. Le lien émotionnel : garder en conscience nos émotions, car même si on est sur un tatami dans le cadre rassurant d’un dojo, la mise en scène réveille des peurs archaïques ou des besoins de toute puissance. Je contrôle ma réactivité instinctive en sollicitant mes capacités d’empathie.

3. Le lien de centre à centre : il va d’un corps à l’autre et ne doit jamais se rompre. J’ai accès à une interaction composée de sensations partagées, de perceptions communes. Ce sont les corps des protagonistes qui créent une conscience partagée.

Il faut que les trois liens soient en pleine conscience et maintenus tout le long de la pratique. Il faut qu’en permanence je sois conscient du lien à l’autre, que je me surveille, car je peux devenir dangereux pour lui si je m’emporte. Je dois conserver mon centre en contact par le ki no musubi avec le centre du partenaire. Je peux donner ainsi une réponse éthique, technique, émotionnelle et énergétique. Cela me fait rire quand on dit « on va travailler le corps ». Le corps ne peut pas se séparer de ses émotions, de son esprit, de son énergie, tout ça ne fait qu’un.

Kobayashi sensei

Par voie de conséquence, lorsque tous les aspects de l’humain travaillent ensemble, la technique n’est plus la même, non ?

Lorsque j’étais uke de Kobayashi sensei, je chutais, mais en même temps je regardais ceux qui observaient la technique, sagement assis sur le bord du tatami. Certains avaient les larmes aux yeux, car la technique n’était plus contraignante ou coercitive, elle n’était pas faite pour dominer l’autre. Elle communiquait à la fois un sentiment et une éducation caractérisée par le respect de tout autre. On ne fait pas chuter un uke parce que c’est comme ça, on ne le bloque pas non plus pour montrer qu’on est le plus fort. La posture intérieure du pratiquant ne doit pas résulter d’un jeu de contractions musculaires construit. Elle doit émaner et être contenue par quelque chose de plus grand, une conscience de soi doublée d’une éthique et d’une énergie qui l’enveloppe. Cela donne une dimension identitaire que les gens perçoivent immédiatement. Et lorsqu’enfin on a cette dimension en soi, le geste dans l’Aïkido devient compassionnel. C’est ce que j’ai vu dans l’expérience de l’homme qui s’est mis à pleurer quand on a pressé son genou. Si le geste n’était pas profondément compassionnel, la libération n’aurait pas pu se faire.

Cela signifie que la manière de toucher est primordiale…

Évidemment. Tout d’abord, on prend le corps de l’autre comme il arrive. On ne cherche pas en Aïkido à mettre absolument la personne dans une position parfaite, par exemple exécutant nikkyo, on ne cherche pas à imposer des angles parfaits au coude et au poignet, la réalité n’est pas un livre d’images. On accueille l’autre tel qu’il vient. Vous faites du Shiatsu et vous savez qu’on n’aborde pas le corps n’importe comment non plus. Il y a une manière de se placer, d’être à disposition, de toucher, on appuie à certains moments, on utilise la respiration ou pas selon le cas et l’effet recherché, etc.

En Aïkido c’est pareil. Kobayashi sensei disait : tout d’abord on saisit le corps de l’attaquant dans le sens où il se déplace et on le conduit sans le contraindre vers une technique qui n’est pas conditionnée par la forme qu’a prise l’attaque. Je ne saisis pas son bras à angle droit pour faire un kotegaeshi. Je le prends dans le sens où il se déplace de manière à ne pas limiter son action. Ainsi, l’autre acceptera inconsciemment de co-agir car il s’en sent libre. En cela les gestes d’Aïkido sont réparateurs et non destructeurs. Donc la manière d’aborder le corps de l’autre est fondamentale, car elle établit la relation d’énergie à énergie. C’est-à-dire qu’un contact qui est dur, même de manière inconsciente, va durcir l’autre, lui bloquer le poignet, le coude, l’omoplate et le corps va lutter contre cela. Finalement, on obtient deux lutteurs l’un contre l’autre, mais il n’y a pas d’autre relation que ça. N’oublions pas que l’empreinte énergétique est le marqueur identitaire primordial, celui-là même qui détermine la posture, tant physique que psychique.

Par ailleurs, il y a la question de l’expression de la compassion. Sensei disait qu’il faut prendre l’autre dans ses bras comme vous tenez un petit bébé que vous bercez. C’est ça l’attitude juste car la compassion doit être exprimée pour être là. On ne le secoue pas dans tous les sens, on ne le brusque pas et on est plein de douceur, ce qui n’empêche pas la technique d’être d’une efficacité redoutable. Il ne faut pas confondre efficacité et violence. L’efficacité doit être là, mais jamais basée sur la coercition et la dureté.

Je rebondis sur ce que vous disiez tout à l’heure sur les spirales. Le fait que l’Aïkido utilise des mouvements en spirale n’est pas anodin. En énergétique on apprend que le Yin/Yang monte et descend en spirales. O Senseï n’a donc pas créé ses techniques par hasard.

Alors, il y a plusieurs choses dans ce que vous dites. Quand je parle de spirales, je ne parle pas de déplacements exécutés à l’extérieur du corps. Je parle du mouvement du corps lui-même, dans son espace péricorporel, qui évidemment progresse en suivant une spirale. La mise en rotation du poignet entraîne des rotations en cascade du coude, de la hanche, du corps tout entier. Et c’est parce que mon corps se met en spirale que celle-ci apparaît dans le corps de l’autre et que l’Aïkido surgit entre nous. On ne fait pas l’Aïkido sur les autres mais sur soi-même.

Ensuite, le contact avec un corps qui est en spirale est automatiquement pacifique, dès lors que toutes ses parties travaillent ensemble. Un corps se mouvant en spirale n’est pas dur, ce n’est pas un mur, il est difficile à saisir mais n’est pas agressif. Kobayashi sensei disait : « quand l’attaquant vous touche, son cœur doit changer immédiatement », ce qui veut dire que vous devez ÊTRE de telle manière que le cœur de l’autre change.

Je ne suis pas quelqu’un qui fait des kilomètres sur un tatami. Lorsque la personne est éjectée vers la périphérie c’est que vous bougez beaucoup. Personnellement je laisse venir les gens à l’intérieur. Là ils rencontrent une spirale et tombent proches de moi, dans un espace où je peux assurer leur sécurité.

De toute façon, il n’y a pas d’autres manières de travailler que de spiraler, que ce soit en Aïkido ou en psychologie. Par exemple, si vous voulez faire remonter des souvenirs de la vie intra-utérine c’est impossible, car nous n’avons pas encore fini de construire le cerveau à ce moment-là, il n’y a donc pas de mémoire psychique de cette période de vie. En revanche, le corps a cette mémoire et il est possible de la faire monter au niveau de la conscience psychique par le biais du mouvement spiralé. L’information circule en spirale avec l’énergie, il n’y a qu’à regarder un ADN. Dans l’aïkishintaïso, l’étude des postures commence par la question : est-ce que l’énergie circule ou ne circule pas. Bien sûr je regarde la structure et les déformations structurelles visible. Je cherche à voir si une épaule est postériorisée ou antériorisée, une hanche en rotation, mais je regarde aussi si l’énergie circule bien. Pour cela j’observe l’axe vertical médian du corps et si les différents éléments sont alignés ou pas, puis les axes horizontaux. Ainsi, je vois rapidement si l’énergie stagne dans une partie du corps ou une autre.

Je sais, à partir de l’expérience de milliers d’analyses de posture, que l’Aïkido peut faire énormément de bien à condition qu’il soit bien fait. Il permet de recréer l’unité en abolissant les frontières intérieures, celles qui clivent ou stratifient le corps. Ces adaptations sont toujours des stagnations de l’énergie qui amputent le champ proprioceptif, rendant impossible l’élaboration d’un geste. Une tension musculaire permanente, une limitation articulaire, une interdiction relationnelle sont toujours à la fois la cause et le résultat d’une stagnation d’énergie.

Maître, mille mercis pour ce fantastique témoignage très éclairant à la fois pour les pratiquants d’Aïkido qui ne connaissent pas assez le travail énergétique et pour les praticiens de Shiatsu qui ne vont pas assez vers les arts martiaux.


Auteur : Ivan BEL

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Ivan Bel

Depuis 30 ans, Ivan Bel pratique les arts martiaux : Judo, Aïkido, Kenjutsu, Iaïdo, Karaté, Qwankido, Taijiquanet Qigong. Il a dirigé le magazine en ligne Aïkidoka.fr, puis fonde ce site. Aujourd'hui, il enseigne le Ryoho Shiatsu et la méditation qu'il exerce au quotidien, tout en continuant à pratiquer et écrire sur les arts martiaux du monde entier.

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